Cette série textile prend sa source dans une expérience vécue au cœur des marais blancs de Carentan. Face à l’immensité silencieuse de ces paysages hivernaux, j’ai été frappée par la présence presque tangible du silence. Un silence qui ne relève pas de l’absence, mais d’une forme de plénitude, un espace propice à l’introspection et à la perception sensible du monde.
Les matinées brumeuses, baignées d’une lumière laiteuse, ont nourri l’écriture de cette œuvre. Le blanc s’est imposé comme une évidence : couleur de la brume, de l’effacement des contours, mais aussi de la suspension du temps. Dans ces instants où le paysage semblait figé, le froid s’effaçait au profit d’une sensation de chaleur intérieure, comme si une énergie discrète traversait le corps et invitait à l’immobilité.
À travers mes textiles « inutiles », je cherche à traduire cette expérience intime : rendre perceptible l’invisible, donner une matérialité au silence, évoquer cet état de présence où le regard ralentit, où le corps s’apaise et où l’on éprouve pleinement la singularité d’un moment.
Au fil des présentations de ce travail dans différents lieux, j’ai été sensible à la manière dont les visiteurs s’en emparent. Très souvent, un silence s’installe. Les regards se prolongent, les paroles se font rares, laissant place à l’observation et à la contemplation. Fait remarquable, les enfants eux-mêmes évoquent spontanément ce sentiment de calme et de plénitude. Ces réactions me confortent dans l’idée que le silence peut être une expérience partagée et que le textile, par sa matérialité et sa présence, peut devenir le vecteur d’une forme d’apaisement collectif.
Dans un monde saturé de sollicitations, d’images et de bruit, j’éprouve le besoin de créer ces espaces de respiration.
Offrir ces instants rares de suspension, où le regard peut se poser, où le temps semble ralentir, est sans doute l’une des intentions les plus profondes de ma démarche.















Crédit photos : François CHAUVEL et Sylvie MARTIN PERNELLE